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9 février 2014 : il y a quarante ans,
"le jour où ma maison a disparu..."

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"C’était il y a quarante ans jour pour jour. Le 9 février 1974.

Nous avions péniblement commencé, à partir des vacances scolaires de Noël, à déménager nos affaires, et le déménagement s’était poursuivi durant le mois de janvier. Notre maison au nouveau village n’était pas achevée, et tout était entreposé dans une seule pièce, remplie du sol au plafond, comme un camion de déménageurs. L’EDF avait mis à notre disposition un logement dans une "cité EDF" voisine.

En partant fin janvier, nous avions vendu (pour une somme dérisoire) à une entreprise de "récupération" les matériaux anciens (tuiles, poutres, etc.) de notre maison de l'ancien village.

En ce 9 février 1974, nous nous attendions donc à trouver notre maison "dépecée", sans toiture, sans portes ni fenêtres, comme la plupart des maisons de l’ancien village depuis quelques mois. Cette pensée ne nous enchantait guère. Cependant, monter une dernière fois les escaliers multi-centenaires, voir le ciel grand ouvert à travers le grenier sombre, explorer au grand jour les moindres recoins de notre maison, était pour mon esprit juvénile une pensée qui me rendait impatient d’arriver.

La route Moustiers – Les Salles était impraticable : des bulldozers s’étaient chargés de faire des barricades de terre. Il a donc fallu arriver par l’ancienne route d’Aiguines. Le haut du village était tel que nous l’avions laissé : maisons éventrées devenues familières, et gravats à profusion. Mon père a arrêté la 204 au coin de l’église qui nous masquait la vue.

Et là...

Dans la lumière crue de ce début d'après-midi, il n’y avait devant nous PLUS RIEN.

RIEN des rues du bas du village.
RIEN de notre maison.
RIEN de la "Placette de la Justice", de sa treille de vigne, de ses escaliers monumentaux où les anciens s’asseyaient pour profiter de l’ombre. Au loin, le soleil violent qui se reflétait dans le lac naissant me faisait haïr ceux qui, dorénavant, allaient trouver ça beau.

PLUS RIEN : un tas de pierres.

En deux secondes, j’ai dévalé ce tas de pierres pour me placer à l’endroit où se trouvait la maison de ma jeunesse. Ma grand-mère a voulu descendre pour venir voir.

Voir quoi ? Il n’y avait vraiment, vraiment, rien à voir. Aucun souvenir, rien. Toute notre vie passée dans la vallée avait disparu.

Ma mère a accompagné ma grand-mère dans sa périlleuse descente de ce qui était autrefois "la ruelle d’Irma", au milieu d’un enchevêtrement de poutres et d’énormes blocs de pierre, gros comme des chaises. Sur l’ancienne maison d’Irma, un graffiti "EDF ASSASSINS" me faisait penser qu’il n’avait jamais été autant justifié
.


Le jour où ma maison a disparu...

C’était le jour où je me suis rendu compte que ma maison avait disparu..."

Tous les Sallois, quelques semaines plus tôt ou quelques semaines plus tard, ont vécu ce jour-là. C’était il y a quarante ans, en février 1974, et ils n’oublieront jamais.



Si vous avez lu attentivement ce qui précède,
nul doute que vous comprendrez pourquoi, pour les anciens Sallois,
le quarantième anniversaire n'a définitivement rien à voir avec un sourire.
40e anniversaire...




C'était en février 1974, il y a quarante ans...
Vous trouverez ici les événements dramatiques de 1973-74.
Pour voir ô combien était joyeuse cette année 1974, vous pouvez lire cette page.


Hélas, dès l'automne 1972, cette fin tragique était prévisible.
Il suffit pour s'en convaincre de regarder le film réalisé
lorsque la végétation a été coupée autour des fermes de Sainte-Croix.






Si l'ancien village des Salles-sur-Verdon vous intéresse,
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